dimanche 27 octobre 2013

Beau pays, en rien tu ne m'es étranger

Loin là-bas sur l'île ensoleillée où les arbres en fleurs tendent vers nous leurs branches, dont le feuillage dense crée pour nous l'ombre fraîche, loin là-bas j'ai laissé la moitié de moi-même parmi les âmes tendres de mes amis sincères. Vers le Sud m'attirent maints génies envoûtants qui, tels ceux du vaudou, sans mal m'ensorcellent à l'aide de leurs signes et de leurs talismans. Toi, parcelle de l'Afrique (ô combien plus lointaine et ô combien plus grande), toi, Haïti plus belle avec si peu de terre, si peu de surface, toi avec tes si peu, avec tes si petits je t'honore tout autant que les pays géants. Comment peux-tu, avec si peu captiver mon esprit et captiver mon coeur? Tu es pour moi telle une enfant craintive, avide, affectueuse, qui demande si peu que mon cœur s'en émeut...

Toi, Haïti, ma langue est la tienne, ton créole est musique à mon oreille ravie, ta culture et la mienne sont sœurs, et tes arts, nés des moindres recoins de ta terre antillaise et issus des richesses d'êtres au regard fier, tes arts enchantent l'oeil et ébranlent nos sensibilités. Que serais-tu devenue sans ces êtres-là, que serais-tu devenue si d'autres peuples t'avaient exploitée? J'aime tes enfants, naïfs, artistes, tes enfants à la peau couleur d'ombre qui défie le soleil, son brûlant compagnon. J'aime jusqu'à tes travers qui font que tu es toi, à nul autre pays semblable. Je t'aime tant d'ailleurs que je ne peux quitter ton sol sans qu'en mon être il soit jour de pluie...


Jeanne

1972  

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