dimanche 27 octobre 2013

Précipitations

Pluie, pluie, les gouttes se précipitent comme les battements d'un cœur exalté. Le sol mouillé subit des ondulations horizontales qui lui donnent soudain l'apparence d'un lac immense. Pluie qui coule sans cesse depuis l'aube, timide clarté, jusqu'à l'heure où trop las le soleil descend vers sa couche pour céder la place à sa compagne nocturne, la lune.

Pluie, le ciel s'écoule sur la ville. D'où vient toute cette eau qui inonde la terre et nous pénètre de son humidité? Gris là-haut, gris ici, gris partout, partout triste. C'est le chagrin du ciel qui s'exprime aujourd'hui, et sa voix dans le vent, plaintive nous parvient, faible musique lancinante. Pluie, vent, vent frémissant, vent...


La ville est eau, la ville sanglote et frissonne. J'entends pleurer le vent, sourde complainte qui s'élève dans les cieux sombres. Que dire de mon âme en ce jour de cendre? Je sens en moi descendre les peines de là-haut. Mon âme sombre à demi. Un unique rayon de soleil dissimulé au fond de mon cœur l'empêche de se laisser engloutir par les flots de chagrin que le ciel nous envoie.


Je ne me laisserai pas envahir par la marée céleste. Ce déluge naissant n'est pas assez puissant pour abattre tout ce qui en moi lutte contre la mélancolie. Pluie, je ne me laisserai pas noyer dans tes vagues légères, pluie. Je ne me laisserai pas leurrer. Pluie, je ris de ta tristesse. Ne vois-tu pas que tu ne peux rien contre moi? 


Il pleut tout un ciel opalescent. Et l'univers de gris macère dans le brouillard humide et pénétrant. La ville nage sous les nuages. La nuit vient. Les phares diffusent leur lumière à travers le voile tissé par les fils délicats de la pluie et ceux de la mi-obscurité. Les réverbères vacillent le long des routes luisantes. Défilé sans fin, procession de la nuit, les voitures avancent lentement dans les éclaboussures, jaillissements répétés. On dirait des scarabées géants qui, affolés, cherchent désespérément l'issue d'un labyrinthe, terrible...


Il est dans l'air que je respire un quelque chose de familier. C'est le goût de la France que j'ai quittée. Ce parfum de la pluie au bord de mes lèvres, je le reconnais. Sur le ciel se découpent mes souvenirs... Je vois Paris par un jour semblable. Maintes couleurs éclatantes égaient la nuit mouillée. À bientôt, j'ai besoin de penser...


Jeanne 

1972

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